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...et le dragon gronda.

Plongé en plein Nouvel An chinois, nous sommes donc rentrés dans l’année du Dragon. Saviez-vous qu'en Chine, on ne le fête pas, ou du moins pas sous cette dénomination? En effet, les chinois célèbrent au « Nouvel An » l’arrivée du printemps. La fête s’appelle donc Chunjie 春節 et survient toujours à la deuxième nouvelle lune qui suit le solstice d’hiver, soit entre le 20 janvier et le 21 février. La Fête du printemps dure 40 jours en Chine et sept jours fériés lui sont dédiés.



Source: Unsplash.

Le dragon, culturellement

L’origine du dragon en Chine reste floue mais les découvertes archéologiques en montre des représentations déjà durant le Néolithique. Selon l’historien de l'art de l'Université de Macerata en Italie, Marco Meccarelli, il existe quatre théories fiables sur l’origine du dragon: (1) un serpent déifié dont l'anatomie est un collage d'autres animaux de ce monde (lier au brassage des totems de différentes tribus chinoises à travers le temps); (2) un rappel à l’alligator chinois; (3) une référence au tonnerre et à un signe avant-coureur de pluie; et (4) un sous-produit du culte de la nature.


Dans un présent plus contemporain, une chanson populaire rappelle l’importance de cette figure animalière mythologique: « Descendants des dragons » (龍的傳人 long de chuan ren) écrite par Hou Dejian, un compositeur taïwanais, en 1978, met en avant l’unité de la Chine dans une origine commune lointaine. En voici un passage:


Il y a un dragon dans l’ Ancien Orient

Dont le nom est la Chine

Il y a un groupe de personnes dans l’ Ancien Orient

Qui sont tous les descendants du dragon


 Vous pouvez la regarder avec des sous-titres anglais, ou en écouter un extrait directement ici.



Si le caractère parfois fictif ou exagéré de certaines représentations culturelles sont évidentes, elles ont toutefois le mérite d’aider au liant d’une nation et de concrétiser la production d’une mémoire historique commune. En l’occurence, concernant le dragon, l’utilisation de cette expression par le président chinois Xi Jinping lors d’une rencontre avec son homologue américain en 2017 montre que cette idée d'un peuple descendants des dragons est portée jusqu’au sommet de l’État. Ceci illustre, en partie peut-être, comment cette fascination déjà ancienne des chinois pour le dragon est maintenue intacte.


Relevons que le dragon est un animal gentil (relativement à son camarade cracheur de feu de la mythologie occidentale) malgré ses écailles, ses dents, ses griffes, sa tête à l’allure féroce, etc. Il porte en lui l’élan vital et créateur et on lui prête de nombreuses qualités positives. Dès lors, les chinois essaient de s’associer d’une manière ou d’une autre au dragon comme on peut le voit par les exemples suivants.


Cette relation des chinois avec le dragon n'est donc pas nouvelle. Depuis l’époque Han, le dragon est le symbole du Ciel et de son représentant sur Terre, l’empereur. Il est d’ailleurs encore commun en Chine moderne de vouloir concevoir ou avoir des enfants (mâles de préférence…) durant l’année du Dragon — d’où l’expression « souhaiter que l’enfant devienne dragon » (望子成龍 wang zi cheng long), car les enfants en porteraient la force et le pouvoir. Ceci peut peut-être expliquer le rebond de natalité dans le pays il y a tout juste douze ans (voir ici), précédente année du dragon, dans une tendance largement baissière. Dans le centre de la Chine, les hommes exécutaient pour le nouvel an une danse du dragon, coutume qui s'est perpétuée et même transmise dans toute la Chine jusqu’à nos jours, où la plupart des fêtes religieuses et populaires sont marquées par les danses du dragon et du lion (Marcel Granet, 1959). Ces traditions ont même traversé les continents. Pendant les mariages, le couple quittait parfois (je ne sais pas si cela se pratique encore) la « scène » lors d’une danse nuptiale du dragon symbolisant leur baiser (Wolfram Eberhard, 1983). L’image du dragon se retrouve également dans les arts taoïstes de l’entretien de la vie: on fait circuler le souffle à la manière du dragon; ou lors de certains exercices (dont je fais mention dans mes Guides de Santé des Saisons), la langue (le dragon rouge) est tournée dans la bouche par-dessus les dents pour activer la production de la salive (l’eau divine). Ces quelques exemples montrent l’étendue symbolique du dragon dans la culture chinoise. On pourrait même aller jusqu’à dire, comme le fait David W. Pankenier (2013) qu’il n'y a pas de symbole plus typiquement chinois que le dragon.


Source: Unsplash.

Le dragon peut aussi être présenté comme une invitation à suivre le voyage continuel du temps qui parcourt en rythme le vivant — de long en large par les directions cardinales, et de bas-en-haut ou de haut-en-bas entre Ciel et Terre. À ce propos, Cyrille Javary (2014) écrit: « L’hiver, au moment du repos Yin de l’année, le dragon dort au fond des fleuves et des étangs; là, animé par un flux centripète, il se remplit d’eau. Vient le printemps, début des temps Yang: le dragon se réveille…il sort alors des profondeurs et entame sa montée vers le haut du ciel. Lorsqu’il y sera parvenu, en été, il crachera l’eau dont il s’est gorgé en hiver, apportant ainsi la pluie fécondante particulièrement nécessaire aux récoltes…Puis, l’automne venu, il redescendra se reposer au fond de l’eau. »

Vient le printemps, début des temps Yang: le dragon se réveille…il sort alors des profondeurs et entame sa montée vers le haut du ciel.

Il se tient à l’est, lieu du levant et de la création, à l’opposé de son alter-ego le tigre blanc, logé à l’ouest et ouvert sur le déclin et la mort. Il est à la fois immense quand il est au Ciel mais minuscule au point d’être imperceptible lors qu’il se terre; si bien enfoui qu’il faut parfois le réveiller à coups de pétards. On lui associe le chiffre neuf, chiffre yang de l’extrême, symbole de puissance.


Du Lapin-eau au Dragon-bois

L’année 2023 était celle du Lapin, le Lapin-eau plus précisément; et cette année est celle du Dragon-bois. Le lapin et l’eau penchent tous deux vers le yin, or le dragon et le bois penchent clairement vers le yang. Je n’utilise pas de qualifications absolue (yin ou yang) car elles n’existent tout bonnement pas. Yin et yang sont en fait yin-yang; leur séparation ferait cesser toute existence. Bref, revenons-en au lapin tout d’abord pour que vous puissiez voir d’où l’on arrive en 2024. Le lapin est un animal doux, gentil, paisible, qui se terre facilement dans un coin. Selon Gregory David Done, ses qualités sont bien décrites par l’adjectif lunaire (provenant du mot lune, un astre qui est yin). Les Lapins sont donc yin, et le Lapin-eau encore plus. Comme la lune, il incarne la nécessité d’échapper à la lumière mais reste vigilant avec ses grandes oreilles (les oreilles sont les orifices sous le contrôle des reins, organe de l’hiver).


Le dragon c’est « un peu » le contraire du lapin. Bien qu’il naisse de la profonde tranquillité du yin de l’année précédente, « cristallisée » justement pendant l’hiver et qui a créé toute sa potentialité, il s’exprime autrement: il vole sans se préoccuper des limites et fait des cabrioles (David Done). Cette succession annuelle du Lapin-eau par le Dragon-bois laisse donc envisager un passage possiblement mouvementé car les le retrait et la quiétude du Lapin cède la place à l’énergie décomplexée du dragon.


La nature du bois (de qualité yang cette année déterminée par le tronc céleste jia ) vient renforcer ce côté imprévisible du dragon. En effet, le bois se meut dans la verticalité et recherche la dispersion; il est capable de se plier de tous les côtés. Si l’année passée l’élément bois-yin était de la partie (c’est la nature du lapin), ce n’est pas le cas en 2024 (bois-yang), et donc attention si le bois est plié jusqu’à l’extrême, il risque de rompre.


Comme le mouvement de l’eau (lié à l’hiver) ne domine plus au printemps; c’est donc le vent qui prend le devant de la scène, caractérisé par son impétuosité, sa manière imprévisible de se manifester; il est le « roi » des atteintes climatiques (sources de maladies) et sa saison est le printemps. Le dragon lui ressemble bien. Seul animal volant des douze animaux du zodiaque chinois, il se meut avec légèreté dans les airs, à son bon gré, un instant ici, l’instant d’après là. Il amène à cette année un potentiel immense mais qui doit être bien orienté (le dragon a besoin d’être guidé mais pas contraint). Il permettra d’accomplir de grandes choses (le dragon rassemble des caractéristiques physiques des onze autres animaux d’où un grand potentiel), et pour cela il faudra se lancer. Attention toutefois aux risques apportés par une fougue innocente.

c’est donc le vent qui prend le devant de la scène, caractérisé par son impétuosité, sa manière imprévisible de se manifester; il est le « roi » des atteintes climatiques (sources de maladies) et sa saison est le printemps. Le dragon lui ressemble bien.

Et la santé?

Ce qui suit est basé sur la dynamique des troncs célestes et branches terrestres connus en astrologie chinoise, et les écrits du Canon de l’Interne (classique de médecine chinoise vieux de 2000 ans). C'est une présentation plutôt succincte des tendances climatiques et maladies associées qui rythmeront l’année du Dragon-bois. Et bien que d’ordre général, je pense quand même qu’elles informent suffisamment sur les sens des dynamiques qui seront à l’oeuvre cette année et ce à quoi il faudra prêter attention.



Source: Unsplash.

De manière générale, sur l’ensemble de l’année, il y aura un excès de mouvement de la  terre (Rate). Cela veut dire que toutes les fonctions de la rate risquent d’être influencées et des symptômes tels que ballonnements, selles molles, manque d’appétit, problèmes musculaires, etc. peuvent survenir. Pour bien vous y préparer, je vous propose de consommer du gruau de riz qui permet d'harmoniser le centre (système digestif).


Dans une première moitié d’année, l’élément/phase/mouvement eau et le facteur climatique du froid domineront et pourraient causer des troubles liés à la rate (et le système digestif en général, avec les symptômes évoqués plus haut) et aux reins (et la vessie) tels que dysurie, anurie, sensations de lourdeur du corps ou de froid dans les membres, etc. Dans une deuxième moitié d’année, l’élément/phase/mouvement terre et le facteur climatique de l’humidité domineront. Des pluies plus fréquentes et plus importantes vont produire plus d’humidité. Attention notamment aux symptômes d’accumulations d’eau comme rétention d’eau, gonflements, céphalées lourdes, etc. Éviter de se dévêtir trop tôt, de rester dans des habits humides, diminuer les aliments gras et crus sont de bons conseils.


Quels organes soutenir?

Nous l’avons vu plus haut, la rate (et le système digestif en général) et les reins (et la vessie) doivent être le sujet de notre attention. Et comme le tronc céleste de cette année appartient à la phase du bois et est de nature yang (tronc céleste jia ), et que l'organe associé au printemps et à la phase du Bois est le foie, il faudra se méfier des excès des fonctions du foie. Attention donc aux maladies caractérisées par les tremblements, les vertiges avec troubles visuelles et des maladies de la tête; tout comme aux montées colériques. Pratiquer les exercices de longévité comme ceux des Huit Pièces de Brocart dont je détaille les mouvements dans mes Guides de Santé des Saisons peut être une ressource utile.


Voilà, j’espère que ces quelques lignes vous donnent une bonne idée du contexte de l’année 2024 du Dragon-bois et vous aideront à naviguer au mieux cette année, et le printemps pour commencer. Besoin d'un coup de pouce? Visitez cette page.


恭喜發財! (gong xi fa cai)

Bonne année!

 

Quelques références:

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